Surveillance et gouvernance consensuelles pour les canaux et détroits

Long de plus de 200 kilomètres, le détroit d’Ormuz dont le passage ne mesure qu’une cinqquantaine de kilomètres est si crucial et vital pour l’économie mondiale que son blocage se ressent dans une bonne partie du monde. Ce n’est pas seulement ce bout de terre et d’eau qui joue un rôle important dans les échanges commerciaux mondiaux. Le Canal de Suez situé entre la Mer Rouge et la Méditerranée ou celui de Panama en Amérique du Sud ont presque les mêmes rôles à des endroits différents. C’est ainsi que tout incident dans ces points de passage clés rend difficile le commerce mondial.
En mars 2021, l’échouement du porte-conteneurs Ever Given, dans le canal de Suez, est resté symbolique et emblématique. Pendant près d’une semaine, le trafic maritime mondial fut paralysé avec des pertes estimées à neuf milliards de dollars par jour. Cet épisode a brutalement rappelé la fragilité d’un système commercial mondialisé reposant sur quelques passages clés. Aujourd’hui, près de 90 % du commerce mondial transite par voie maritime, selon l’Organisation maritime internationale. Ce qui fait que ces passages comme le détroit d’Ormuz, les canaux de Suez et de Panama et autres du genre pèsent même plus lourds que les énormes bateaux qui y passent avec leurs conteneurs. Il se trouve qu’aujourd’hui beaucoup de ces passages maritimes font l’objet d’une grande convoitise et sont aussi synonymes de zone de conflictualité.
C’est ainsi que la fermeture du détroit d’Ormuz est brandie par l’Iran à chaque conflit dans la zone. Point de passage de 20 % de la production pétrolière et gazière mondiale, le détroit d’Ormuz est tout aussi important pour tous les pays du Moyen-Orient dont l’économie repose essentiellement sur les hydrocarbures.
Avec l’envolée des prix du baril du pétrole qui, cette semaine, a dépassé les 100 dollars suite à la fermeture de ce détroit, il est ainsi à noter que les mers et océans représentent un maillon essentiel dans les échanges commerciaux. Au-delà des 90 % du commerce mondial transitant par la mer, plus de 99 % du trafic mondial de données (Internet, téléphone), passent aussi par ces espaces, faisant ainsi du contrôle des voies de communication maritimes un enjeu stratégique pour la survie et la prospérité des États, petits comme grands.
Avant le conflit entre l’Iran et la coalition américano-israélienne, celui entre la Russie et l’Ukraine a également montré la place et le poids de la Mer Noire qui sépare ces deux pays belligérants dans le domaine des céréales comme le blé. En Asie-Pacifique, où se trouve la Mer de Chine méridionale, la tension latente entre la Chine et Taïwan présente aussi les mêmes caractéristiques. Centre de gravité du commerce mondial, la Mer de Chine méridionale est aux confluences de plusieurs chaînes mondiales d’approvisionnements logistiques comme les biens manufacturés et le riz dont est consommateur une bonne partie de la population africaine. Si d’aventure un conflit y éclaterait, ce qui est fort probable, entre la Chine et Taïwan, le commerce mondial serait grandement affecté.
Les grandes routes maritimes et les points de passage obligés, tels que les canaux et les détroits, constituent les véritables artères de l’économie mondiale. Les canaux de Suez et de Panama, tout comme les détroits d’Ormuz, de Malacca ou de Bab el-Mandeb, concentrent à eux seuls une part considérable des flux énergétiques et commerciaux mondiaux. Il est donc temps que leur surveillance et leur gouvernance fassent preuve d’un grand consensus afin que leur fermeture ou blocage ne menacent l’économie mondiale…


