Politique

Un an après sa signature, le gouvernement fait le point

Conçu comme le principal cadre stratégique de gouvernance tripartite des relations professionnelles au Sénégal, le PNSS-CID est structuré autour d’un plan d’action décliné en dix produits, accompagné d’indicateurs et de délais. Son architecture institutionnelle repose désormais sur deux instances opérationnelles : le Comité de Pilotage (COPIL), installé le 27 octobre 2025, et le Comité Technique (COTECH), créé le 13 janvier 2026. Ces deux instances constituent la base de coordination et de suivi du Pacte.

Dialogue social renforcé, cadre juridique en construction

Sur le plan du dialogue social, plusieurs consultations sectorielles ont été initiées, notamment dans les domaines de l’éducation et de la formation, de la santé, de la justice et du secteur primaire. Par ailleurs, des progrès significatifs ont été enregistrés dans la modernisation du cadre juridique du travail décent : les projets de Code du travail et de Code de la sécurité sociale ont atteint un stade avancé d’élaboration. Ces textes ont été examinés par la Cour suprême en assemblée consultative les 16 et 23 décembre 2025, et leurs textes d’application ont été préparés pour être soumis au Conseil national consultatif du travail et de la sécurité sociale (CCNTSS).

Dans le domaine des conditions de travail, plusieurs mesures concrètes ont été mises en œuvre : l’augmentation des salaires des domestiques et des femmes de ménage, l’augmentation des salaires dans les professions agricoles, la suppression des équivalences à la durée légale du travail dans l’hôtellerie, ainsi que la restructuration de la Société nationale La Poste, avec 290 protocoles d’accords de départ négociés couverts.

Une protection sociale élargie, des agents de l’État mieux lotis

Dans le domaine de la protection sociale, les consultations sur la réforme du système de retraite ont abouti aux conclusions disponibles et à l’élaboration d’une feuille de route. En matière d’extension de la couverture sociale, trois avancées majeures sont à noter : le déploiement progressif du régime simplifié des petits contribuables (RSPC) ; la création de la Mutuelle Nationale Sociale des Artisans Sénégalais ; et la signature d’une convention entre le ministère du Travail et l’Agence sénégalaise de couverture sanitaire universelle pour la gestion du secteur de la santé.

Concernant les agents de l’Etat, plusieurs mesures structurantes ont été adoptées : la généralisation de l’allocation logement représentative à tous les fonctionnaires ; et l’autorisation de recruter 2 000 enseignants en 2025, 2 527 en cours pour 2026, 500 enseignants-chercheurs et 2 500 agents de santé. Ces dispositions visent à la fois à améliorer les conditions de vie des agents et à renforcer l’offre de services publics essentiels.

Le contentieux social et le dialogue comme boussole

Face aux situations de licenciements signalées dans plusieurs entités publiques et parapubliques, le gouvernement a privilégié le recours au dialogue social. La Direction générale du travail et de la sécurité sociale (DGTSS) a organisé, du 4 au 6 août 2025, une première série de consultations tripartites réunissant l’Administration, les représentants des travailleurs et les structures concernées – dont le Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, le Port autonome de Dakar (PAD), Dakar Dem Dikk (DDD), le ministère du Pétrole, de l’Energie et des Mines, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et le Fonds de garantie des investissements prioritaires (FONGIP).

Une deuxième réunion de suivi a eu lieu le 5 mars 2026, sous la présidence du ministre Boucal. Les discussions ont permis de réaliser des avancées tangibles : à Dakar Dem Dikk, neuf travailleurs ont été réintégrés et 241 prestataires recrutés en CDI depuis février 2025 ; au PAD, 40 agents ayant plus de deux CDD ont été réintégrés entre juillet 2025 et janvier 2026 ; Concernant le CDC, la situation est désormais considérée comme définitivement réglée. En revanche, les dossiers FONGIP liés aux abandons d’emploi et au ministère des Mines restent en cours de traitement.

Accords sectoriels et réformes normatives en cours

Le suivi des accords conclus entre le gouvernement et les organisations syndicales a également donné des résultats concrets. L’accord du 7 août 2025 avec l’Accord SYTJUST-UNTJ, l’accord du 10 juillet 2025 avec les syndicats des collectivités territoriales, le traitement de la question des enseignants décideurs et le lancement de la formation des députés en vue de leur transfert au sein du corps PCEMG constituent autant d’étapes positives. Parallèlement, les décrets n°2026-65 et n°2026-66 du 27 janvier 2026 ont amélioré la situation statutaire des enseignants, et le décret n°2026-67 de la même date permet le reclassement des techniciens supérieurs de santé vers la hiérarchie A2.

Dans le domaine de la Fonction Publique, la digitalisation des démarches administratives et l’interconnexion des plateformes GIRAFE et MIRADOR sont en cours, ainsi que les travaux de connexion GIRAFE, e-SOLDE et e-PENSION. Dans le secteur de l’éducation, le processus de refonte curriculaire de l’Ecole sénégalaise a été lancé. La santé, quant à elle, voit progresser simultanément l’évolution du code de la santé publique, la réforme hospitalière et la révision de la nomenclature des actes médicaux.

Des perspectives difficiles pour consolider les acquis

Malgré ces acquis, la communication du ministre Boucal ne cache pas les défis à relever. La consolidation des progrès réalisés nécessite, selon lui, la poursuite de la mobilisation des départements ministériels, le renforcement du pilotage stratégique du Pacte et l’accélération de la mise en œuvre des engagements. Parmi les chantiers prioritaires figurent : l’adoption du nouveau Code du travail et du Code de la sécurité sociale ; l’achèvement des réformes normatives en cours ; la finalisation de l’audit physique et biométrique des effectifs de la Fonction Publique ; l’accélération de la réforme du système de retraite ; la tenue régulière de comités techniques sectoriels ; et la promotion d’une nouvelle doctrine de partenariat social avec les entreprises attributaires de marchés publics.

En conclusion, le ministre a réaffirmé l’entière disponibilité de son département pour poursuivre cette dynamique en étroite collaboration avec toutes les parties prenantes. « La mise en œuvre du Pacte constitue un levier stratégique pour consolider la paix sociale et la réussite des politiques publiques de transformation économique et sociale », a-t-il souligné, appelant à une mobilisation collective autour de cet instrument de gouvernance tripartite.

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