Un message de condoléances unilingue précipite la retraite du patron du premier transporteur canadien

La direction de la plus grande compagnie aérienne du Canada s’apprête à tourner une page de son histoire. Sous le feu des critiques après une communication liée à un drame récent, le dirigeant principal a fixé l’échéance de son mandat, une décision qui a fait réagir jusqu’au sommet de l’État.
Selon l’agence Anadolu, Michael Rousseau, président-directeur général d’Air Canada, prendra sa retraite d’ici la fin du troisième trimestre 2026. Cette annonce intervient dans un climat particulier, marqué par une vive controverse autour d’un message de condoléances spécifique aux familles de deux employés.
L’origine de cette affaire remonte à un accident mortel survenu sur la piste de l’aéroport LaGuardia de New York. Un avion d’Air Canada Express, en provenance de Montréal, est entré en collision avec un camion de pompiers. Le choc a coûté la vie aux deux pilotes de l’appareil : Mackenzie Gunther et Antoine Forest, un Québécois francophone. À la suite de ce drame, Michael Rousseau a diffusé une vidéo de condoléances prononcées exclusivement en anglais, accompagnée de simples sous-titres en français.
Dans un pays potentiellement bilingue, dont le transporteur national a son siège social à Montréal, au cœur d’une province québécoise peuplée à 80 % de francophones, ce choix de communication a provoqué d’importantes crispations. Les médias locaux indiquent que le bureau du Commissaire aux langues officielles a enregistré des centaines de plaintes à la suite de cette diffusion.
Le dossier a rapidement pris une dimension politique. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a publiquement approuvé le départ programmé du PDG. « Rousseau a fait un bon travail sur le plan technique en tant que PDG, mais en tant que leader d’une organisation, vous avez de plus larges responsabilités », a déclaré le chef du gouvernement depuis Toronto. Qualifiant ce retrait de « bonne décision au bon moment », Mark Carney avait précédemment reproché au dirigeant un manque de jugement et de compassion. Il a par ailleurs insisté sur une condition stricte pour l’avenir : le successeur à la tête de l’entreprise devra être parfaitement bilingue.
Le ministre canadien des Transports, Steven MacKinnon, a également pris la parole sur les réseaux sociaux. Tout en remerciant le dirigeant sortant, il a assuré que le gouvernement maintiendrait une collaboration étroite avec Air Canada pour garantir aux citoyens un service « sûr, fiable, abordable et bilingue ».
Le processus de succession est déjà enclenché. Le Conseil d’administration d’Air Canada a confirmé, par voie de communiqué, avoir lancé une recherche internationale dès janvier 2026 pour identifier le futur dirigeant. La capacité de communiquer en français figure clairement parmi les critères d’évaluation exigés.
Âgé de 68 ans, Michael Rousseau continue de diriger l’entreprise et de siéger au Conseil d’administration jusqu’à sa retraite effective. Le président du Conseil, Vagn Sorensen, a souligné les acquis techniques de son mandat, rappelant notamment son rôle dans la gestion de la crise financière de 2007-2008, la traversée de la pandémie de COVID-19 et le rétablissement de la solvabilité des régimes de retraite de la compagnie.



