Une bonne fée pour la dette sénégalaise ?

SenePlus avait vite (novembre 2025) remplacé la question de la dette sénégalaise dans son contexte régional et international, car on voyait Dakar confronté au FMI sans beaucoup d’appui de la BCEAO. Et à travers le FMI, Ousmane Sonko défiait cette hydre que l’on nomme communauté internationale, une galaxie de bailleurs qui sont souvent des lâcheurs, des partenaires qui sont aussi des influenceurs. Le président Macron a envoyé ces derniers jours son conseiller Jeremy Robert réclamer à Dakar une créance de l’AFD tandis que le FMI veut toujours une restructuration. Ousmane Sonko continue de s’opposer au front des déficits étrangers qui veulent le rééchelonnement de la dette héritée de Macky Sall et semble avoir trouvé des alliés régionaux pour sa stratégie.
Les euro-obligations d’abord
Ces derniers jours, le président Macron et Rémy Rioux, le patron de l’AFD perdent leur sang-froid à propos de la dette sénégalaise. Le Trésor français demande le règlement de plusieurs impayés, notamment envers l’Agence française de développement (AFD), dont la facture, échue depuis plus de quarante-cinq jours, est comprise entre 20 millions et 30 millions d’euros. C’est assez extraordinaire quand on sait le rôle néfaste de l’AFD quant à l’endettement du Sénégal de Macky Sall. La structure de la dette sénégalaise (et les éléments de la dette cachée) découle de la stratégie de Rémy Rioux (patron de l’Agence Française de Développement, l’AFD) en faveur du financement de projets publics à gestion commerciale afin de rembourser ses propres emprunts aux conditions de marché. En 2026, l’AFD va de mal en pis et la trésorerie de l’État français est tendue en raison de son propre endettement insupportable. La présidence sénégalaise, pour sa part, a comme priorité immédiate les 488 millions USD d’obligations de marché, dus à des privilèges privés extérieurs, en mars 2026. Ce sont les Euro-obligations que le Sénégal devra rembourser en totalité en 2028. Les assurances données par Dakar que les échéances des Euro-obligations de mars seront payées ont permis leur remontée à 82% de leur valeur depuis janvier 2026, contre 68% en décembre 2025. Ce qui a rassuré les marchés financiers internationaux et les agences de notation. La position hostile du FMI par rapport au refus sénégalais d’une restructuration classique d’une cette odieuse se maintenir. Dénégation à laquelle se rallie le président Macron et d’autres bilatéraux. Dans ce contexte, le paiement des échéances d’Eurobonds en 2025 et de nouveau en mars 2026 semble avoir de la prouesse, sinon du miracle.
Quelle est la recette ?
Une bonne partie des titres de créances sur le Sénégal sont achetés sur le marché monétaire et financier de l’UEMOA pour près de 510 milliards de FCFA. Ces adjudications de titres sénégalais fournissaient au Trésor du Sénégal des liquidités pour servir la dette des Eurobonds. Après avoir copieusement sollicité les banques ivoiriennes et sénégalaises sur le marché des titres-UEMOA, il apparaît que le principal acheteur est devenu le Togo.
En janvier 2026, lors de la mise aux enchères, le Togo a acquis 154 milliards FCFA de titres de créances offerts par le Sénégal. Les observateurs attendaient les dernières enchères du Trésor sénégalais sur le marché UMOA-Titres du vendredi 20 février pour savoir si la levée de fonds de l’État du Sénégal rencontrerait l’adhésion des souscripteurs et du mystérieux investisseur togolais. Le résultat a été apparemment satisfaisant. Clôturant en effet la série d’adjudications de la semaine, l’État sénégalais a réussi, ce 20 février, une émission simultanée de Bons et Obligations assimilables du Trésor (BAT/OAT) sur le marché UMOA-Titres, levant 87,99 milliards FCFA, soit près de 8 milliards FCFA au-delà de l’objectif initial fixé à 80 milliards. Cependant les investisseurs (les acheteurs de bons du trésor (BAT)) ont très largement privilégié le court terme, confirmant une tendance respectée sur l’ensemble du marché régional qui, dans son ensemble, est extrêmement répondu. Le BAT à 364 jours (moins d’un an donc) est rentable (il rapport 7,1%) et le remboursement aura lieu dans une conjoncture économique du Sénégal qui n’est pas mauvaise (très bonnes exportations 2025 dopées par l’or). Par contre les autres pays de la région ont été moins demandeurs pour cette adjudication et ce sont les investisseurs sénégalais, qui ont souscrit pour 61,75 milliards FCFA, soit 70,17% des montants retenus. Ce n’est pas forcément bon signe. Que se passe-t-il ? Pourquoi le Togo n’a-t-il pas été le demandeur majeur du papier sénégalais comme en janvier 2026 ?
Que sont devenus mes amis ?
Lors de l’adjudication du 16 janvier 2026, il avait été noté qu’un seul acheteur togolais avait acquis 51 milliards de FCFA de dette à un an. Et le 30 janvier 2026, récidive pour 60 milliards en une seule adjudication au Togo. Le 6 février 2026, le Togo compte pour 60 milliards d’achat de titres sénégalais sur une offre de 143 milliards. En quelques semaines, la place financière de Lomé aurait donc été consacrée 300 millions de dollars à l’achat de papiers du Sénégal qui, pourtant, n’a pas encore reçu la Facilité Élargie de Crédit du FMI et que les pays, qui ont accéléré la dynamique d’endettement de Macky Sall, harcèlent. C’est beaucoup d’argent pour le Sénégal pour le Togo aussi, et c’est sans doute ce phénomène qui a mis la puce à l’oreille du Trésor français. Martin Kessler, qui avait déjà relativisé le montant de la dette cachée sénégalaise en prétendant que les actifs correspondant aux emprunts dissimulés existaient bel et bien, s’est intéressé il ya peu à la situation de la dette domestique. Avec Abdoulaye NdiayeMartin Kessler a rédigé une note qui va à la rencontre de la stratégie sénégalaise et qui recommande une restructuration de la dette extérieure, car lever des fonds sur le marché régional menacerait la santé des banques commerciales et la stabilité de la zone franc. Le président Macron s’est rallié à ce point de vue et a tenté de constituer, comme il en a le secret, un front commun des déficits bilatéraux. En Chine, il en a été question avec la Banque d’exportation de Chineen marge de la visite d’Emmanuel Macron en décembre 2025. Pékin est le premier détenteur de la dette bilatérale du Sénégal, à hauteur de 43 %. La Chine ne s’aligne pas sur les pays occidentaux pour le traitement de la dette d’autant plus que le Le Club de Paris n’est plus qu’un zombie. La France elle-même, quand elle harcèle le Sénégal d’un côté, n’hésite pas de l’autre, le 11 février 2026, à remettre unilatéralement les dettes éthiopiennes et à accorder au gouvernement d’Addis 80 millions d’Euros et 1,5 million d’Euros d’assistance technique. Mais il fallait trouver un commentaire, dans le pré hypercolonialil pouvait exister une connivence entre le Sénégal et le Togo.
Le magicien de Lomé
Devant l’importance des souscriptions émanant du Togo ces dernières semaines, après avoir éliminé Groupe Ora et Ecobankdeux puissantes institutions bancaires du continent africain, certaines ont interrogé la BOAD sur le montant de ses achats de titres sénégalais. La BOAD a répondu qu’elle ne pouvait commenter les transactions sur le marché UMOA-Titres et qu’il fallait s’adresser à l’autorité des marchés compétents. Un indice de plus de la déliquescence de la BCEAO que plus personne ne consulte et qui elle-même assiste aboulique à la surchauffe des adjudications qui pompent les ressources bancaires. Depuis cinq ans, Serge Ekuéprésident de la BOAD, a complètement transformé la relation de sa banque avec les États membres en proposant des solutions à leurs difficultés. En octobre 2025, il a levé des fonds pour 1,5 milliard d’euros. La haute qualité et la diversité de l’allocation finale soulignent le déclin de la France et des pays de l’Ouest européen. On constate par contre une forte présence du des investisseurs britanniques et irlandais représentant 49% de l’allocation, suivis par la région Europe de l’Est (23%), les États-Unis (13%), le reste de l’Europe (10%), le Moyen-Orient (4%) et enfin l’Asie (1%). En type d’investisseur, les gestionnaires d’actifs représentent 74% de l’allocation, les Hedge Funds 14%, suivis par les banques et banques privées 7%, les fonds de pension/assurance 3% ainsi que les banques centrales 1%.
Serge Ekué s’affranchit ainsi de la BCEAO, de la France et des prétentions de la délégation de l’Union européenne à Ouagadougou qui, selon ses règles bureaucratiques, se colle à l’UEMOA, elle-même paralysée depuis deux décennies. Dans le même temps, les accords de la BOAD avec le Sénégal et un autre État, membre de l’Alliance des États du Sahel, ont permis au dernier quadrimestre 2025, l’établissement de Véhicule à usage spécial (SPV). Les SPV sont des fonds spécifiques, jadis utilisés en France pour garer les actifs du Crédit Lyonnais, afin de lever de nouvelles liquidités pour régler les plus urgentes des créances. Un schéma tout à fait indiqué au regard de la trajectoire sénégalaise privilégiée les échéances d’Eurobonds. L’État du Sénégal a ainsi signé un protocole d’accord avec la Banque Ouest Africaine de Développement afin de créer un cadre stratégique dédié à la valorisation des actifs publics. Ce mécanisme s’appuie sur le Fonds de Valorisation des Actifs du Sénégaldont l’objectif est de diversifier les sources de financement, de soutenir la trajectoire économique du pays et de renforcer la mobilisation des ressources grâce aux recettes issues des infrastructures nationales. Le rendez-vous difficile du paiement des coupons des Eurobonds en mars 2026 sera tenu in extremis pour. On le doit beaucoup à la collaboration entre Cheikh Diba, ministre des Finances et du Budget du Sénégal et la BOAD, belle endormie réveillée par Serge Ekué.
- 50 milliards de FCFA. C’est l’appui financier décaissé par la Banque ouest africaine de développement au profit du Niger. Un prêt qui découle d’une convention signée le 13 juin 2025 à Lomé entre le président de la BOAD, Serge Ekué, et le premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine. L’enjeu de cet accord : secourir la SONIBANK. la société nigérienne de banque qui était face à un problème de liquidités.



