Politique

Le pouvoir s’égare et la diplomatie en berne

Accumulation d’échecs multilatéraux, de tensions bilatérales, de difficultés consulaires et d’ambitions incertaines de l’ONU, le tableau soulève une question centrale : le pouvoir a-t-il perdu le cap stratégique en matière de diplomatie ?

La diplomatie moderne se mesure souvent à l’aune de la capacité d’un État à placer ses ressortissants dans des positions stratégiques.

L’échec du Dr Ibrahima Socé Fall au sein de l’Organisation mondiale de la santé a été perçu comme un premier signal d’alarme. Dans ces compétitions, la qualité du profil ne suffit pas : il faut construire des coalitions solides, mobiliser des réseaux d’influence et négocier des soutiens croisés bien en amont.

Peu après, la candidature d’Amadou Hott à la présidence de la Banque africaine de développement échoue. Cependant, la BAD constitue un instrument d’influence économique majeur. Perdre le leadership signifie renoncer à l’influence stratégique dans la définition des priorités financières du continent.

Pris isolément, ces revers font partie de la concurrence normale entre États. Pris ensemble, ils suggèrent une difficulté à structurer un bloc d’alliances suffisamment solide.

On n’en a pas encore fini avec ces deux échecs évoqués plus haut, au Maroc, la condamnation des supporters sénégalais a suscité une forte émotion nationale. Si la décision relève de la souveraineté judiciaire marocaine, la gestion diplomatique de la crise n’a pas été scrutée : manque d’assistance consulaire, pas de communication officielle, aucune forme de médiation discrète. Dans ce type de cas, la perception compte autant que l’action.

Aux Etats-Unis, le refus de visa aux basketteurs sénégalais a également alimenté le malaise. Une diplomatie proactive anticipe ces situations et active ses canaux en amont, pour éviter que les incidents administratifs ne deviennent des symboles d’affaiblissement.

La suspension des extraditions vers la France constitue un autre moment de tension.
Affirmation de souveraineté pour les uns, tensions diplomatiques pour les autres. Mais toute friction durable avec un partenaire stratégique a des conséquences sur la coopération judiciaire, sécuritaire et économique.

Macky Sall à l’ONU : une ambition à haut risque face à un échec diplomatique ?

L’éventuelle candidature de Macky Sall à un poste de direction au sein des Nations Unies constitue un test décisif. Le poste de Secrétaire Général requiert :
un consensus africain clair, qui existe pour l’instant sans le Sénégal ; l’acceptabilité par les grandes puissances déjà acquise ; l’absence de veto au Conseil de sécurité déjà acquise ; un lobbying diplomatique mondial d’une intensité exceptionnelle, qui peine à se concrétiser, en raison des discordes dans notre pays ;

Dans un contexte marqué par plusieurs revers récents, cette ambition comporte un risque : celui d’exposer encore davantage les limites de l’influence actuelle du Sénégal, si la coalition nécessaire n’est pas solidement construite.

L’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Les nouveaux États structurent leurs alliances, investissent massivement dans leur diplomatie économique et anticipent les compétitions internationales plusieurs années à l’avance.

Le Sénégal conserve ses atouts : stabilité institutionnelle, tradition de médiation, capitale diplomatique historique. Mais ces acquis ne suffisent plus. La diplomatie contemporaine nécessite une planification, une cohérence stratégique et une mobilisation permanente des réseaux d’influence.

Quand je vous dis que « le pouvoir s’égare », cela ne veut pas dire que je nie les acquis diplomatiques passés, de Senghor à Macky Sall. Cela signifie pour moi que je remets en question la cohérence actuelle :
Les demandes internationales sont-elles prioritaires ?
Les alliances régionales sont-elles consolidées avant les échéances ?
La diplomatie présidentielle et technique parle-t-elle d’une seule voix ?
L’image internationale du pays est-elle suffisamment stabilisée pour soutenir de grandes ambitions ?

Sans une stratégie globale clairement lisible, les initiatives semblent fragmentées et exposées à des revers.

Pour ma part, les récents épisodes d’échec ne constituent pas forcément un déclin irréversible, mais peuvent être les symptômes d’une transition mal maîtrisée par les débutants, dans un environnement devenu plus compétitif. Disons, la cour des grands !

Le Sénégal 2.0 devra choisir :
soit subir des dynamiques régionales et internationales,
ou reconstruire méthodiquement une diplomatie offensive, cohérente et anticipative, en dehors des émotions des circonstances et des micmacs des incertitudes.

Car dans le monde d’aujourd’hui, l’influence ne se revendique pas : elle se construit, se négocie et se défend. C’est comme le pouvoir, il ne s’hérite pas, il ne se prête pas, il se gagne. »

Président M. Bougar Diouf
Union des Panafricanistes Sénégalais – UPS

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