1.Un jeune homme face aux statues
Dès sa jeunesse, Ibrahim est interpellé par ce qui entoure les siens. Il demande à son père et à son peuple : « Que sont ces statues auxquelles vous restez attachés ? » Ils répondent : « Nous avons trouvé nos pères les adorant » (21:52-53). Avec son père, il parle avec une grande douceur : « Ô mon père, pourquoi adores-tu ce qui n'entend pas, ne voit pas et ne te sert à rien ? » (19:42). Le père le menace : « Si tu ne cesses pas, je te lapiderai. Éloigne-toi de moi pour longtemps ! » Ibrahim répond : « Paix sur toi. Je demanderai pardon à mon Seigneur pour toi » (19:46-47). Il se retire de ce milieu, mais gardera son affection filiale. Plus tard, lorsqu'il fut clair que son père était un ennemi d'Allah, il se désavoua de lui (9:114).
Le Coran nomme son père Azar (6:74). Certains savants font remarquer que le mot arabe pour « père » peut aussi désigner un oncle, mais l'avis le plus répandu est qu'il s'agit bien de son père.
2.À la recherche du Seigneur
Un passage célèbre de la sourate Al-An'am montre Ibrahim devant son peuple, qui vénérait les astres (6:75-79). Voyant la nuit tomber, il observe une étoile : « Voici mon seigneur. » Elle disparaît : « Je n'aime pas ceux qui disparaissent. » Il voit la lune se lever : « Voici mon seigneur. » Elle disparaît aussi. Puis le soleil : « Voici mon seigneur, il est plus grand. » Et quand le soleil se couche, il conclut : « Ô mon peuple, je désavoue ce que vous associez. J'ai tourné mon visage, en pur croyant, vers Celui qui a créé les cieux et la terre, et je ne suis pas parmi les polythéistes. »
Beaucoup de savants comprennent ce passage comme une démonstration faite devant son peuple : en prenant leurs croyances au sérieux, il leur montre que ce qui disparaît ne peut être un dieu.
3.Les idoles brisées et le feu
Un jour de fête, quand les gens sont partis, Ibrahim entre dans le temple. Il brise toutes les statues sauf la plus grande, « peut-être se tourneront-ils vers elle » (21:57-58). À leur retour, on l'interroge : « Est-ce toi qui as fait cela à nos dieux, Ibrahim ? » Il répond : « C'est plutôt le grand qui l'a fait. Interrogez-les, s'ils peuvent parler ! » Ils se disent : « C'est vous qui êtes les injustes », puis, la tête basse : « Tu sais bien qu'elles ne parlent pas » (21:62-65). Ibrahim conclut : « Adorez-vous donc, en dehors d'Allah, ce qui ne vous sert à rien et ne vous nuit pas ? » (21:66).
Pour toute réponse, ils décident : « Brûlez-le et soutenez vos divinités » (21:68). Un grand bûcher est allumé. Allah ordonne alors : « Ô feu, sois fraîcheur et paix sur Ibrahim ! » (21:69). Ils avaient voulu la perte d'Ibrahim, mais ce furent eux les perdants (21:70 ; 37:98). La tradition précise que, lorsqu'il fut jeté, Ibrahim disait : « Allah me suffit, Il est le meilleur garant » (hadith d'al-Bukhari rapporté d'Ibn Abbas).
4.L'émigration et la famille
Ibrahim quitte son pays : « Je vais vers mon Seigneur, Il me guidera » (37:99). Son neveu Lut croit en lui (29:26) et l'accompagne. Il demande à Allah : « Mon Seigneur, accorde-moi un fils parmi les justes » (37:100). Allah lui annonce la naissance d'un garçon doux et patient (37:101), Isma'il, dont la mère est Hajar. Plus tard, Ishaq naîtra de Sarah, malgré la vieillesse.
5.Hajar, Isma'il et Zamzam
Un long hadith rapporté par al-Bukhari, d'après Ibn Abbas, raconte la suite. Ibrahim conduit Hajar et son nourrisson Isma'il dans une vallée de La Mecque, où il n'y a ni eau ni plantes. Il les laisse sous un arbre avec un sac de dattes et une outre d'eau, puis s'en va. Hajar le suit : « Ô Ibrahim, où vas-tu, nous laissant dans cette vallée ? » Il ne répond pas. Elle demande : « Est-ce Allah qui te l'a ordonné ? » Il dit oui. Elle répond : « Alors Il ne nous abandonnera pas. » Plus loin, Ibrahim fait cette invocation : « Notre Seigneur, j'ai installé une partie de ma descendance dans une vallée sans culture, près de Ta Maison sacrée... » (14:37).
Quand l'eau vient à manquer, Hajar court sept fois entre les collines de Safa et Marwa en cherchant du secours. Puis, à la fin de sa course, une source jaillit sous les pieds de l'enfant : c'est Zamzam. Ce souvenir est resté dans les rites du pèlerinage : le sa'y entre Safa et Marwa. La tribu des Jurhum, voyant l'eau, s'installe auprès d'elle. Une ville naît.
6.La Kaaba
Allah désigne à Ibrahim l'emplacement de la Maison (22:26). Avec Isma'il, il en élève les fondations en disant : « Notre Seigneur, accepte de nous, Tu es Celui qui entend et qui sait » (2:127). Allah en fait un lieu de retour et de sécurité pour les gens, et ordonne de prendre le Maqam d'Ibrahim comme lieu de prière (2:125). Il ordonne : « Annonce aux gens le pèlerinage : ils viendront à toi à pied et sur toute monture amaigrie » (22:27). Chaque année, des millions de pèlerins répondent à cet appel.
Ibrahim et Isma'il prient aussi pour la communauté à venir : « Notre Seigneur, suscite parmi eux un messager issu d'eux, qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la sagesse, et les purifiera » (2:129). Les savants y reconnaissent l'annonce du prophète Muhammad ﷺ.
7.Le grand sacrifice
Le Coran raconte le test qui est resté dans la mémoire des musulmans comme le sommet de la soumission. Ibrahim voit en songe qu'il doit sacrifier son fils. Il lui en parle : « Mon fils, je me vois en songe t'égorger. Qu'en penses-tu ? » Le fils répond : « Mon père, fais ce qui t'est ordonné. Tu me trouveras, si Allah le veut, parmi les patients » (37:102). Quand tous deux se sont soumis et qu'il l'a couché sur le front, Allah l'appelle : « Ô Ibrahim, tu as confirmé la vision. C'est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. C'était là l'épreuve manifeste. » Il le rachète par un grand sacrifice (37:103-107).
Chaque année, l'Aïd al-Adha rappelle ce moment, par le sacrifice d'un animal que l'on partage. Le Coran ne nomme pas le fils ; la majorité des savants retiennent qu'il s'agit d'Isma'il, d'autres d'Ishaq. Ce qui compte est la leçon : Ibrahim a préféré l'ordre d'Allah à son attachement le plus cher, et Allah n'a pas voulu le sang mais la soumission.
8.Les messagers de bonne nouvelle
Un jour, des visiteurs se présentent à Ibrahim : ce sont des anges. Il leur offre aussitôt un veau rôti (11:69), mais leurs mains ne se tendent pas vers le plat. Il les trouve étranges et prend peur. Ils le rassurent : « N'aie pas peur. » Sarah, debout, rit. Ils lui annoncent la naissance d'Ishaq et, après lui, de Ya'qub (11:71). « Malheur à moi ! Vais-je enfanter, vieille comme je suis, alors que mon mari est vieux ? » Ils répondent : « T'étonnes-tu de l'ordre d'Allah ? » (11:72-73). Les anges sont aussi venus détruire le peuple de Lut. Ibrahim plaide pour eux, mais l'ordre d'Allah est irrévocable (11:74-76).
9.Un modèle pour les croyants
Le Coran qualifie Ibrahim de multiples manières : l'ami d'Allah (4:125), un modèle à lui seul (16:120), celui qui a accompli pleinement ses engagements (53:37), un homme doux, plein de compassion et revenant à Allah (11:75). Allah a mis à l'épreuve Ibrahim par des paroles qu'il a accomplies, et en a fait un imam pour les gens (2:124). Il est « le père » spirituel des musulmans (22:78).
Chaque prière contient son souvenir : dans le tachahhoud, les musulmans demandent à Allah de bénir Muhammad et sa famille comme Il a béni Ibrahim et la famille d'Ibrahim (hadith d'al-Bukhari et Muslim).
Les moments clés
- Face à son père et son peupleIbrahim dénonce les idoles avec douceur.
- Les astresIl montre à son peuple que ce qui disparaît ne peut être Dieu.
- Les idoles briséesIl brise les statues et laisse la plus grande.
- Le feuAllah ordonne au feu d'être fraîcheur et paix.
- L'émigrationIl quitte son pays, accompagné de Lut.
- Hajar et Isma'il à La MecqueZamzam jaillit ; le sa'y entre Safa et Marwa en est le souvenir.
- La KaabaIbrahim et Isma'il élèvent la Maison et appellent au pèlerinage.
- Le sacrificeUne soumission totale, un grand sacrifice en rançon.
Ce que ce récit nous enseigne
Une invocation d'Ibrahim
رَبِّ اجْعَلْنِي مُقِيمَ الصَّلَاةِ وَمِن ذُرِّيَّتِي ۚ رَبَّنَا وَتَقَبَّلْ دُعَاءِ
« Mon Seigneur, fais de moi un assidu de la prière, ainsi que de ma descendance. Notre Seigneur, accepte mon invocation. » (sens approximatif)
Sourate Ibrahim, verset 40
Où le Coran en parle
- Sourate Al-Anbiya' (21:51-70) · versets 51 à 70Les idoles brisées et le feu devenu fraîcheur.
- Sourate Al-An'am (6:74-83) · versets 74 à 83Le dialogue avec son père et la recherche du Seigneur.
- Sourate Maryam (19:41-50) · versets 41 à 50Le dialogue avec son père, et la descendance bénie.
- Sourate Al-Baqara (2:124-129) · versets 124 à 129L'imamat, la Kaaba, le Maqam, et les invocations.
- Sourate Ibrahim (14:35-41) · versets 35 à 41L'invocation pour La Mecque et sa descendance.
- Sourate Al-Hajj (22:26-29) · versets 26 à 29La construction de la Maison et l'appel au pèlerinage.
- Sourate As-Saffat (37:83-113) · versets 83 à 113Le sacrifice et la rançon.
- Sourate Hud (11:69-76) · versets 69 à 76Les anges, la bonne nouvelle et le peuple de Lut.
- Sourate Al-Mumtahana (60:4-6) · versets 4 à 6Un bel exemple dans Ibrahim et ceux qui étaient avec lui.
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Questions fréquentes
Pourquoi Ibrahim est-il appelé l'ami d'Allah ?
Le Coran dit : « Allah a pris Ibrahim pour ami » (4:125). Ses épreuves, de la rupture avec son peuple à l'ordre du sacrifice, sont allées de pair avec une obéissance qui n'a jamais faibli.
Quel fils Ibrahim devait-il sacrifier ?
Le Coran ne le nomme pas. L'avis de la majorité des savants est qu'il s'agit d'Isma'il, notamment parce que l'annonce d'Ishaq n'intervient dans le récit qu'après l'épreuve (37:112). Quelques-uns ont retenu Ishaq.
Qu'est-ce que le Maqam Ibrahim ?
C'est la pierre sur laquelle, selon un hadith d'al-Bukhari, Ibrahim s'est tenu pour élever les murs de la Kaaba. Elle se trouve devant la Maison, et on y prie deux rak'at après le tawaf.
Où est enterré Ibrahim ?
La tradition musulmane le situe à Hébron (al-Khalil), en Palestine. Cette localisation vient de la tradition locale et n'est pas établie par un texte du Coran ni par un hadith authentique.
Testez vos connaissances
Quelle fête rappelle le sacrifice d'Ibrahim ?
L'Aïd al-Adha commémore le sacrifice et la rançon de son fils par un grand sacrifice (37:107).
Que dit Allah au feu qui devait brûler Ibrahim ?
« Ô feu, sois fraîcheur et paix sur Ibrahim ! » (21:69).
Quel rite du pèlerinage rappelle la course de Hajar ?
Le sa'y, sept parcours entre Safa et Marwa, rappelle la recherche d'eau de Hajar pour Isma'il.